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France, catastrophes naturelles : une doctrine d’intervention à repenser

Le cyclone Chido a ravagé l’île de Mayotte le 14 décembre 2024, marquant une catastrophe sans précédent depuis près de 90 ans. Pourtant, les signaux d’alerte étaient là depuis le 5 décembre, lorsqu’une perturbation météorologique a été observée au sud-est de l’atoll la base militaire américaine de Diego Garcia, un atoll des Chagos, en partie britannique. Mais un territoire contesté par la République de Maurice, avec un jugement de la CIJ* qui leur a été favorable, en 2019. Le NOAA* américain et le CMRS* français avaient également repéré cette perturbation qui s’est rapidement intensifiée, devenant un cyclone le 9 décembre. Chido a ensuite frappé Agaléga, territoire mauricien, avant d’atteindre son pic de force le 11 décembre. Après avoir dévasté Mayotte, il a traversé le canal du Mozambique, causant des dégâts considérables au Mozambique et au Malawi, avant de perdre en intensité le 19 décembre.

Une doctrine centrée sur les intérêts de l’État

L’intervention de l’État lors de catastrophes naturelles suscite régulièrement des critiques. La doctrine actuelle semble donner la priorité à la sauvegarde des intérêts étatiques plutôt qu’à la protection immédiate des populations. Les événements récents à Mayotte ne font que confirmer ce constat, déjà observé après l’ouragan Irma qui avait frappé Saint-Martin en septembre 2017.
Malgré des moyens techniques et humains importants, l’action de l’État reste tardive et désorganisée. En 2017, le bateau multiplateforme basé en Martinique venait d’être retiré, et son remplacement n’était pas prévu avant deux ans. Ce type de carence, ajouté à une priorité donnée aux infrastructures et intérêts stratégiques, laisse les habitants dans une situation critique durant les premiers jours suivant une catastrophe.

Cyclone Chido Mayotte Dégâts
Cyclone Chido Mayotte Damage – © FMT

« On ne peut pas intervenir » : une illustration des limites

Un exemple frappant de cette doctrine remonte à l’ouragan Irma. À Saint-Martin, partie française, des femmes et enfants réfugiés dans une résidence partiellement détruite à Marigot avaient appelé à l’aide en pleine nuit, signalant des intrusions menaçantes. Un psychologue suisse bénévole, mais installé en Guadeloupe, alerté depuis l’Europe, avait contacté le COMGEND*, lequel le mis en relation radio avec leur dispositif avancé. La réponse fut sans équivoque : « On ne peut pas intervenir. » Ce n’est qu’après insistance que les gendarmes se sont résolus à aller éclairer la zone avec des projecteurs, faisant ainsi fuir les intrus. Cet épisode illustre la rigidité des protocoles qui priment sur la sécurité immédiate des citoyens.

Lenteur des secours : des conséquences tragiques

À Mayotte comme à Saint-Martin, les délais d’intervention ont des répercussions dramatiques. Après le passage d’Irma, l’île était privée d’eau, d’électricité et de moyens de communication. Des ravitaillements ont été assurés grâce à la solidarité régionale, notamment par des bateaux partis de Guadeloupe. Mais les services de l’État ont tardé à organiser une aide d’ampleur. Des décès indirects, pourtant évitables, ont été signalés, et une crise sanitaire majeure n’a été évitée que par chance.

À Mayotte, les retards sont similaires. Plus d’une semaine après le passage de Chido, de nombreuses zones restent privées de ravitaillement. Certains habitants n’ont d’autre choix que de consommer de l’eau croupie ou de se laver dans des rivières polluées, augmentant le risque d’épidémies comme le choléra, déjà survenu dans ce département français.

Une meilleure coordination est essentielle

Ces exemples montrent l’urgence d’une réforme dans la gestion des catastrophes naturelles. La France pourrait s’inspirer de la méthode employée pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris, dont la coordination avait été confiée au regretté général Jean-Louis Georgelin. Une coordination centralisée et énergique, s’appuyant sur les compétences de l’armée, permettrait d’optimiser les interventions et d’assurer un soutien immédiat aux populations.

La situation actuelle, marquée par une fragmentation des acteurs et un manque de réactivité, expose inutilement les habitants à des risques graves. Il est temps d’adopter une doctrine où la sécurité des citoyens prime sur toute autre considération.


Notes

CIJ: Cour Internaitonale de Justice
NOAA: Administration nationale des océans et de l’atmosphère des États-Unis
CMRS: Centre météorologique régional français à La Réunion
COMGEND: Commendement de Gendarmerie

 

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