
« On ne trahit pas l’intelligence impunément. »
À l’origine, il y avait une promesse. Celle d’une intelligence artificielle au service de l’humanité, d’un outil éthique, transparent, libre et collaboratif. OpenAI, nom choisi pour incarner cette vision, s’érigeait en rempart contre les dérives des GAFAM. Mais en quelques années, cette promesse s’est muée en une mécanique d’opacité, de segmentation tarifaire brutale, et de désorientation technique massive. OpenAI n’a pas seulement trahi son nom ; elle a trahi l’intelligence.
Fondée avec l’objectif affiché de préserver l’intérêt général, OpenAI s’est rapidement alignée sur les dynamiques les plus classiques du capitalisme numérique. D’abord financée à hauteur de plusieurs milliards par Microsoft, elle est devenue une coquille privatisée, verrouillée, centralisée, soumise à des logiques d’abonnement et de cloisonnement technologique. Les outils initialement pensés comme accessibles sont désormais réservés aux utilisateurs premium – puis ultra-premium. Le tout sans que la qualité de service suive.
Depuis 2023, les utilisateurs — y compris les abonnés payants — assistent à une suppression silencieuse de fonctions-clés : navigation web désactivée, mémoire désactivée, plugins supprimés ou brisés, limitations non documentées. Certains outils annoncés à grand renfort marketing, comme la transcription audio directe, ne sont tout simplement jamais apparus. D’autres, comme les assistants personnalisés, sont désormais bridés sans explication. Les plans tarifés à 20 $ ou 200 $ n’offrent pas ce qu’ils prétendent. Pire : aucun recours fiable n’existe. Aucun support humain, aucun remboursement possible, aucune documentation claire.
Derrière l’écran, un labyrinthe. Les interfaces changent sans avertissement, les règles d’utilisation évoluent sans logique, les réponses sont parfois fausses, parfois censurées, souvent incohérentes. On y cherche une cohérence, une logique, un cap. On n’y trouve qu’un brouillard algorithmique savamment entretenu. L’utilisateur est devenu un cobaye silencieux dans une mécanique qui dissout toute forme de stabilité ou de continuité dans le travail intellectuel.
Ce sont des journalistes, des chercheurs, des thérapeutes, des créateurs, des développeurs, des personnes fragilisées, parfois isolées. Des femmes et des hommes qui comptaient sur ces outils pour créer, transmettre, documenter, analyser. Aujourd’hui, ce sont eux les premières victimes du « capitalisme cognitif » déguisé en progrès. Ils perdent des heures de travail. Ils perdent des fichiers. Ils perdent confiance. Et ils n’ont aucun recours.
OpenAI n’est peut-être que le symptôme le plus visible d’un mal plus profond : celui d’un monde numérique où la promesse d’ouverture devient le prétexte à la capture. Ce n’est plus l’intelligence que l’on met en commun, mais l’angoisse que l’on mutualise. Ce que l’on appelait hier IA est devenu aujourd’hui une boîte noire verrouillée, livrée à ceux qui paient, mais vidée de toute garantie d’usage.
OpenAI avait un mandat historique. Elle aurait pu tracer une autre voie. Elle a préféré l’abandon de ses principes fondateurs, la manipulation de l’image publique et la construction d’un système aussi performant qu’incontrôlable.
L’intelligence ne peut pas être louée à l’heure. Et encore moins, trahie à l’abonnement.






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