
Investir ce n’est pas rançonné !
Du registrar éthique à la mécanique spéculative. Des hausses tarifaires brutales. Un service client devenu fantôme. Aucun respect du client. Gandi.net, autrefois référence de l’internet libre, trahit désormais ses principes fondateurs et sa clientèle historique.
Mais également les règles les plus élémentaires de la déontologie et probablement du droit. A en devenir carrément abjects, vu notamment les dégâts et pertes qu’ils ont engendré. Rançonner n’a jamais été le meilleur moyen de faire des affaires ! Sauf à avoir une mentalité de maffieux.
Des hausses tarifaires piégeuses : renouveler devient un luxe
Pendant plus de vingt ans, Gandi.net a incarné une alternative crédible aux géants de l’hébergement et de la vente de noms de domaine, en affichant une ligne claire : “no bullshit”. Mais depuis quelques mois, ce slogan sonne creux.
Les utilisateurs de longue date, parfois détenteurs de dizaines voire de centaines de noms de domaine, ont été confrontés à une politique tarifaire aussi brutale qu’inattendue. Sans réel préavis, certains tarifs de renouvellement ont été multipliés par deux, voire par trois. Là où un domaine coûtait 12 à 15 euros par an, certains renouvellements dépassent aujourd’hui les 30 voire 45 euros — selon l’extension.
Ces augmentations ont poussé de nombreux clients à abandonner des pans entiers de leur portefeuille, incapables de suivre l’inflation tarifaire. Un véritable “piège à fidélité” : bâtissez votre infrastructure chez Gandi, puis ‘raquez’ (payez sous la contrainte) pour la garder, ou perdez tout.
Gandi.net : du registrar éthique à la dérive commerciale
Fondé en 2000 par Valentin Lacambre, Laurent Chemla, Pierre Beyssac et David Nahmias, Gandi s’était donné pour mission de défendre un internet libre, neutre, transparent. L’entreprise soutenait des causes associatives, militait pour la neutralité du net, refusait la publicité agressive. Elle avait conquis une base fidèle et engagée.
Mais depuis quelques années, les décisions stratégiques s’alignent de plus en plus sur celles des grands acteurs dominés par des logiques financières court-termistes. La transparence a reculé, les hausses tarifaires se sont enchaînées, et le discours éthique s’est évaporé.
Une acquisition controversée : les prédateurs néerlandais
La bascule s’explique sans doute par le rachat de Gandi.net en mars 2023 par Strikwerda Investments, un fonds d’investissement néerlandais, via sa filiale Total Webhosting Solutions (TWS)[1]. L’ensemble a été rebaptisé Your.Online. Derrière cette opération, une logique de concentration du marché, où la rentabilité prime sur la qualité de service.
Strikwerda Investments est réputé pour ses acquisitions en série et ses stratégies de croissance rapide — souvent au prix de coupes budgétaires, d’augmentations tarifaires et d’une normalisation des offres. Si ce type de fonds reste discret dans la presse, il est difficile d’ignorer les critiques récurrentes dans les pays où il opère.
Clients laissés sans recours, support externalisé ou injoignable, pressions tarifaires : le scénario est bien rodé.
En janvier 2025, Your.World, société mère de Gandi.net, a annoncé avoir reçu un investissement de 800 millions d’euros de la part d’Ares Management[2] et Carlyle[3], deux poids lourds de la finance mondiale, accentuant encore la logique spéculative. L’un des fondateurs de Strikwerda Investments, Klaas Strikwerda, n’a jamais caché sa volonté de bâtir un empire européen de l’hébergement. Mais à quel prix ?
Support client en déroute : utilisateurs abandonnés, données en péril
La dégradation ne se limite pas aux prix. Elle touche également le cœur du service : le support client.
Un utilisateur professionnel, confronté à l’expiration imminente de plusieurs noms de domaine vitaux pour son activité, a tenté de contacter le support de Gandi.net en urgence. En vain. Non seulement le helpdesk semblait inaccessible (comme le montre une vidéo horodatée qu’il a publiée), mais il a pris soin de signaler le dysfonctionnement, capture d’écran à l’appui. Aucune réponse.
Pire encore : il a reçu un message d’échec intitulé « Mailer-Daemon », lui indiquant que l’adresse email officielle help@support.gandi.net était injoignable, avec ce message sans appel : « Action de courrier demandée abandonnée, boîte aux lettres introuvable ».
Depuis, aucun retour. Le silence est total. Or les noms de domaine concernés ne sont pas anodins : ils sont directement liés à son activité professionnelle. Leur perte entraînerait des conséquences graves, voire irréversibles, pour ses projets, ses revenus et ses clients. Et il n’est pas un cas isolé. Plusieurs témoignages similaires circulent, révélant une défaillance structurelle du service client, particulièrement dangereuse dans un secteur où les délais sont critiques.
De la confiance à une défiance justifiée
Le cas Gandi.net illustre parfaitement ce qui se passe lorsqu’un acteur engagé cède aux logiques de marché les plus brutales. Une marque fondée sur des valeurs fortes est vidée de sa substance, au profit d’une mécanique spéculative sans âme.
Aujourd’hui, nombreux sont les clients historiques qui parlent de trahison. Et certains vont plus loin : ils n’hésitent plus à poser la question qui fâche — Gandi.net est-il en train de devenir une arnaque légalisée ?
Notes:
[1] Total Webhosting Solutions (TWS) : regroupe plusieurs hébergeurs européens rachetés par Strikwerda Investments. La logique est purement industrielle : centraliser, rationaliser, rentabiliser.
[2] Ares Management : géant américain de la gestion d’actifs alternatifs, spécialisé dans les investissements à haut rendement, souvent impliqué dans des restructurations agressives.
[3] Carlyle Group : l’un des plus grands fonds de capital-investissement au monde, connu pour ses opérations de rachat de sociétés stratégiques dans tous les secteurs — souvent critiqué pour ses méthodes de gestion très orientées « retour sur investissement rapide ».






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