Comment peut-on autoriser de telles actions destructrices ?

La mise bas des baleines à bosse mises en danger par les tests sismiques de l’IFREMER – © OMMAG
Le 13 janvier 2025, Jean-Christophe Bouvier, précédent préfet de la Martinique, a pris un arrêté autorisant une mission océanographique de l’IFREMER dans les eaux des Petites Antilles. Cette mission, prévue entre le 1er mars et le 20 avril, se déroulera sur le navire L’Atalante et inclura des tests sismiques, utilisant des canons à air comprimé et des sonars pour sonder les fonds marins. Or, cette période correspond au pic de migration, de reproduction et de mise bas des baleines à bosse et des cachalots, deux espèces considérées comme menacées par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).
Des méthodes dangereuses pour les cétacés
Les techniques employées lors de cette mission sont connues pour leurs impacts négatifs sur les mammifères marins. Les explosions sous-marines générées par les canons à air comprimé peuvent atteindre 238 décibels marins, bien au-delà des recommandations de l’État. Ces bruits violents perturbent l’audition, la communication, l’orientation, l’alimentation et la reproduction des cétacés et des tortues marines. Les conséquences peuvent être dramatiques : échouages, mortalité accrue et effondrement des populations concernées, menaçant l’équilibre de l’écosystème marin.
Une autorisation contestée
Les associations environnementales dénoncent la décision du préfet, prise sans consultation publique ni dérogation sur les espèces protégées, pourtant exigées par la loi. Cette mission scientifique empiète directement sur le Sanctuaire Agoa, une aire marine protégée dédiée à la protection des mammifères marins dans les eaux de la Martinique, de la Guadeloupe, de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. Créé en 2010 dans le cadre du protocole SPAW de la convention de Carthagène, le Sanctuaire Agoa a pour objectif d’assurer la quiétude de ces animaux, en particulier durant leurs périodes critiques de reproduction et de migration.
En octobre 2024, le Comité technique du Sanctuaire Agoa avait pourtant émis un avis clair recommandant d’éviter les tests sismiques durant les mois de mars et avril, et de mettre en place des mesures de surveillance visuelle et acoustique. Cependant, l’IFREMER n’a pas tenu compte de ces recommandations et maintient son projet à la période la plus sensible pour les cétacés. De plus, la surveillance proposée est jugée inefficace : en haute mer, les cétacés sont difficilement visibles, et leurs vocalisations sont épisodiques, rendant leur détection aléatoire. Avec des tirs prévus de jour comme de nuit, les risques de dommages collatéraux sont considérables.
Un recours judiciaire et une mobilisation citoyenne
Face à cette situation, un collectif de 17 associations de défense de l’environnement et d’entreprises de whale-watching a déposé un recours devant le Tribunal administratif de Fort-de-France. Le collectif demande l’annulation en urgence de l’arrêté préfectoral, estimant qu’il viole les termes du protocole SPAW ratifié par la France en 2002.
Une pétition a également été lancée pour exiger l’interdiction de ces tests sismiques au sein du Sanctuaire Agoa. Les associations signataires appellent les autorités à prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver ces espèces menacées et respecter les engagements internationaux de la France en matière de protection de la faune marine.
Organisations signataires
AEVA, ASFA, ASSOMER, Breach Antilles, Eastern Caribbean Coalition for Environmental Awareness, Éleau, Markùs Evasion, Megaptera, Mon École Ma Baleine, OMMAG, Sea Shepherd France, Soleil Excursions, Vétérinaires pour la biodiversité, Wind Adventures, V-reef, COMASSUB – FFESSM, Counting Whales.
Une fois de plus…
Cette affaire met une fois de plus en lumière les contradictions flagrantes entre les engagements écologiques de la France et des décisions administratives qui mettent en péril des espèces protégées et déjà fragilisées. Alors que la protection des mammifères marins est une priorité affichée, cette mission risque d’avoir des conséquences irréversibles sur leur avenir.
Qu’est-ce que l’IFREMER ?
L’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer (IFREMER) est un organisme public français dédié à la recherche scientifique et technologique dans le domaine de la mer. Créé en 1984, il est placé sous la tutelle conjointe des ministères de la Recherche, de l’Agriculture et de la Pêche, et de la Transition écologique.
L’IFREMER mène des études sur divers aspects de l’océan, notamment :
• L’exploration des fonds marins,
• La biodiversité et la préservation des écosystèmes marins,
• Les ressources halieutiques (gestion des pêches et aquaculture),
• Les risques environnementaux liés aux activités humaines et aux changements climatiques,
• Le développement de nouvelles technologies pour l’observation et l’exploitation durable des océans.
Il dispose de plusieurs bases en France hexagonale et en outre-mer, ainsi que d’une flotte océanographique comprenant des navires spécialisés, comme L’Atalante, et des sous-marins d’exploration profonde, dont le célèbre Nautile.
Dans le cas présent, l’IFREMER est critiqué pour avoir programmé une mission sismique en pleine période de reproduction des cétacés, alors qu’il ne peut ignorer l’impact dramatique de ces activités sur ces espèces et les recommandations des experts et associations environnementales.



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