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Fatima Hassouna. Une lumière fauchée, et dix vies avec elle.

Fatima Hassouna Photo-journaliste gazaouie tué le 16 avril 2025 à Gaza – Capture d’écran

Fatima Hassouna. Ce nom, il faudra s’en souvenir. Elle n’était pas une combattante, pas une cible militaire. Elle était photographe, gazaouie, témoin. Elle était ce regard lucide et digne qui, au milieu des ruines, persistait à documenter l’indicible. Le 16 avril 2025, l’armée israélienne a ciblé sa maison dans le quartier d’Al Tuffah. Dix morts. Une famille effacée. Une de plus.

Ce n’est plus une guerre. C’est un effacement. On parle à juste titre de volonté génocidaire. Des familles entières sont décimées, anéanties dans leur foyer, sous les décombres de leurs propres vies. Ce n’est pas un dommage collatéral, c’est une méthode. La mort de Fatima porte à 157 le nombre de journalistes palestiniens tués depuis le début de l’offensive. Certains chiffres parlent de plus de 200 journalistes tués* : une hécatombe sans précédent. Et un signal glaçant : même les yeux du monde doivent être réduits au silence.

Le silence, justement. Il est assourdissant. Tandis que l’armée israélienne se mure dans l’absence de réponse, Médecins Sans Frontières parle désormais de « fosse commune pour les Palestiniens et ceux qui leur viennent en aide ». Que faut-il de plus ? Combien de corps, combien d’enfants broyés, combien de familles effacées pour que la communauté internationale regarde enfin cette réalité en face ?

Ironie tragique : la veille du bombardement, le documentaire Put your soul on your hand and walk, fruit d’un an d’échanges vidéo entre Fatima et la cinéaste iranienne exilée Sepideh Farsi, était sélectionné au Festival de Cannes. Un film-témoin. Une œuvre fragile, née d’une ligne de vie entre deux femmes séparées par les murs et les bombes, mais unies par le courage et l’humanité.

Fatima ne verra pas ce film. Elle est morte avec sa famille, ensevelie sous les gravats de ce que fut sa maison, son monde, son histoire. Le cinéma dira son nom. L’image survivra peut-être. Mais cela ne suffit plus.

Il est temps de dire les mots justes : ce sont des familles entières qui sont décimées à Gaza, lorsque ce ne sont pas des assassinats ciblés de journalistes*. Une société que l’on détruit, vie par vie, pierre par pierre, souffle après souffle. L’impunité ne peut être le dernier mot de cette tragédie.


Note :

Lire la campagne de Reporters sans frontières (RSF), reprise par de nombreux médias, avec notamment la tribune intitulée « Nous, journalistes français, nous déclarons solidaires de nos collègues de Gaza », signée par un très grand nombre de journalistes, publiée sur le site du SNJ (Syndicat national de journalistes) et  dans Le Monde le 13 avril 2025.

Mais aussi l’enquête de Forbidden Stories, « Gaza Project » : comment Forbidden Stories a enquêté sur la mort de plus de 100 journalistes à Gaza. Leurs partenaires sur ce dossier sont : Paper Trail Media – Arab Reporters for Investigative Journalism (ARIJ) – Le Monde – The Guardian – AFP – +972 Magazine – Local Call – Radio France – Der Spiegel – Der Standard – ZDF – Tamedia-Group

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